Rallye du Dourdou, une histoire de side-car s’écrit à 2 !

Il y a des papiers plus faciles à faire que d’autres, certains qui mettent du temps pour des raisons de planning, d’autres où l’inspiration manque, d’autres encore où l’on en sait pas trop par quel bout les prendre. Celui-ci est un peu particulier en raison des circonstances qui ont dicté son contenu.

Rallye – premier contact

Ce Dourdou restera mon premier contact avec l’univers du Rallye moto, et je crois bien que ce ne sera pas le dernier ! Arrivée sur place au moment du départ vers le prologue, pile 20.45, si j’avais eu rendez-vous, je n’aurais pas mieux fait. Plantée là, en plein milieu du parc coureurs, après près de 800 bornes dans les bottes. Des motos dans tous les sens -euh, pas mal qui ne savaient pas trop où aller, à voir les demi-tours 😉 et une motarde un peu au même point. Avec une idée cependant : ne pas gêner, ne pas déranger. “Si je reconnais une machine, un casque, pas un regard …on verra plus tard !”

C’est le moment qui me restera, pas le seul. La tension palpable pour plein de raisons -mécanique, adrénaline palpable, effervescence… Car le truc particulier, c’est que les machines rentrent et sortent du paddock au gré des boucles. Cette impression de non-stop régale forcément les gourmands de ces moments comme moi.

Comme l’on ne compare qu’avec ce que l’on connaît, l’ambiance paddock me rappelle feu notre Course de Côte de Barr (27ème édition en 2012), mais un peu plus soft… En course de côte, ce temps entre la cale derrière la roue AR et la ligne là-haut est tellement intense, du pur jus de puissance et de maîtrise. Le rallye se joue sur différents tableaux et différents temps… Départs, retours, ravitaillements, interventions sur les machines, séance grignotage entre deux… car il faut tenir ce temps et cet effort qui s’étirent. Et là aussi, tous les sens sont en éveil.

L’enjeu personnel

L’enjeu est de taille pour tout le monde, ceux qui viennent pour la gagne (Sonia et Laureen, Team les Morues partenaires de Nova Moto, nous ont encore fait la démo, 1ères féminines et 1ères en duo, impressionnantes les filles ! Et pourtant ce ne fut pas totalement tranquille comme l’on pourra le lire dans un autre papier), et ceux pour qui c’est déjà la gagne d’être là, d’être allé au bout d’une envie plus ou moins folle selon la situation de chacun(e).

Et il est même une personne pour qui c’est bien plus encore, je dirais même deux personnes. Je ne me permettrais pas d’écrire le moindre raccourci ou cliché ici, surtout que nous ne nous connaissons pas et que je l’ai entrevue au retour de la première spéciale de nuit vendredi soir, en me disant : “pas le moment d’intervenir, le temps est compté pour eux, demain il fera jour…” Je ne croyais pas si bien dire, au Dourdou, les épreuves de nuit sont au début de l’édition, suivies par les épreuves de jour le lendemain.

Séverine et son histoire de side-car

L’aviez-vous déjà remarqué ? Derrière les histoires de side, il y a généralement “juste” une histoire…

Voilà, mais parfois, reporter c’est louper. Un peu ce qui s’est passé ici, avec Séverine Vitulli, que je n’ai pas revue, excepté à distance pour prendre ces clichés, avec sa CBR900RR Fireblade (929 pour les puristes) attelée à un panier DJ Sport et Geoffroy son “singe”.

Certains comprendront mon émotion, le side-car est une affaire de coeur pour moi, et Nova Moto n’est pas sans lien avec cet engin hybride. Pour les autres, l’histoire et les images sont belles.

Pour Séverine, c’est par toi que je commence une petite série de papiers sur le Dourdou, car il m’est juste impossible de faire autrement ! Pardon pour tous les autres chouettes personnes rencontrées et moments vécus, merci de votre patience !

Faire un clin d’oeil, mais comment ? Comme il m’est impossible de parler de ce que je n’ai pas vécu, eh bien, laissons la parole à Geoffroy qui nous raconte une belle tranche de vie et une affection qui n’a pas attendu des années pour être là, belle, forte, vraie.

Voici le témoignage de Geoffroy, coéquipier de Séverine : à toi, Geo, dans un panier l’histoire s’écrit à deux !

Le texte est fort et vrai, il est reproduit dans son intégralité sans modifier la moindre virgule, seuls des sous-titres ont été rajoutés pour plus de lisibilité.

J-3 mois

Nous sommes 3 mois avant le rallye du Dourdou, un soir à naviguer sur le net et autre site, je me retrouve sur le forum du SCCF rejoignant la passion du side-car mais aussi du rallye et autres compétition.
Un appel à l’aide d’une pilote, tiens c’est déjà intriguant…je vais jeter un coup d’œil. Tiens une place de singe pour le rallye du Dourdou, un message simple mais on sent tout de même un côté poignant dans cette demande, non loin de l’encourager dans sa recherche je passe quelques soirs à cogité et pourquoi ça serait pas moi ?!

Facebook en poche, je pars à la recherche de cette pilote et décide d’envoyer un message, un message long, parcours en singe, explication que c’est aussi un rêve pour moi et que je serai ravie de participer à cette aventure. Sans aucune confiance en moi je décide de l’envoyer… les 5 prochaines mins change le cour de ma vie.

Oui !

Elle répond ! Bon je m’emballe pas, ça sera négatif, qui voudrai d’un merdeux de 30 balais environs et surtout qui fait pas lire un roadbook de rallye. Il en fût tout autre au moment de notre échange, on essaye de se connaître, on papote de tout et rien pour chacun essayer de comprendre le personne mais à ma grande surprise j’ai l’impression de la connaître depuis des années. Puis les sujets s’approfondissent, j’apprends qu’elle est paraplégique, ce fût le déclic ! Ça c’est pour moi, une aventure qui peut-être belle, qui peut faire mentir tout les idiots qui mettent à l’écart ces gens, et bien ensemble on va les faire mentir et moi aussi je vais t’aider à faire ton championnat !

2H plus tard on discute encore, j’en ai les yeux qui pétillent, la peur au ventre de partir en singe avec quelqu’un que je ne connais que par le biais d’un écran, qu’elle folie. Les jours avancent et se ressemble, je prend des infos, tout les soirs je lui pose des questions, je veux en apprendre plus car j’ai besoin de me sentir en confiance. Peu de temps après on s’appelle et la fiou…c’est bon je veux partir avec elle c’est sûr, elle est complètement barré la fifille, une joie de vivre qui redonne l’envie de se battre et de réaliser ses rêves… Je vous passe la tête de ma compagne après 3h de téléphone, heureusement qu’elle avait rien sous la main parce que je crois que je n’aurai pas pu participer à ce challenge. Forcer d’expliquer la situation, une phrase fait mouche, « Chérie, Séverine est comme toi, handicapée, elle pilote un side et elle me propose de venir avec elle a un de mes rêves, le Rallye Routier ».

Encore oui !

Et bah vous le croirai ou pas, elle a dit oui tout de suite aussi et c’est à ce moment que l’aventure à commencer. Les jours défilent, les coups de téléphone aussi, les messages, les encouragements bref, ultra motivé
le type !.

Jour J

Le jour J, arriver au Dourdou, pfiou j’ai peur là, qu’es-ce que je vous ici, c’est pas ma place…je vais pas réussir, je crois que c’est une très mauvaise idée au final… Nous descendons du camping-car et là c’est elle, ma paupiette de pilote, la personne pour qui et surtout avec qui je vais courir. A effectivement on peut pas dire qu’elle est grande sur son fauteuil de compétition, mais qu’elle gueule ! On peut dire que ça te met à l’aise tout de suite, si tu rentres pas dans la case humour au 36ème degrés tu vas trouver le temps long pendant le rallye. Non loin de faire les présentations officielles de toute le monde, je m’attarde plus avec ma paupiette de pilote pour prendre la température. Quel tempérament de feu, je sais pas si c’est le côté marseillais ou le côté corse mais elle transpire le sud la petite. Le courant passe bien, je la trouve bienveillante avec moi, elle me met en condition, comment elle fait ? Elle a déjà tellement de chose à gérer pour elle qu’elle arrive encore à prendre du temps pour moi, c’est avec admiration que je me prend au jeu et me laisse faire, une complicité naissance démarre, je sens déjà que la mayonnaise prend bien on est aussi barré l’un que l’autre. Vous en connaissez beaucoup des personnes qui se lancerai avec une handicapée ? En plus tarée ? Puis pas juste un peu, bien tarée !!!
Bon je vous passe les mots magique du soir… APERO !! qui finirons d’achever nos craintes sur le fait de se connaître, l’apéro et la bouffe c’est notre créneaux !

Vendredi : rencontre, roulage et épreuves de nuit

Vendredi…matin… la tête pleine d’infos et pleine de crainte je retrouve ma paupiette. « Allez on y va, on va rouler ensemble j’ai besoin de savoir comment tu te sens ! » me dit elle, nous voilà parti sur une boucle de 20 kilomètres, je me sens petit, blotti au fond du side me demandant ce que je fais là… « Tu bouges la ? Je te sens pas ? » s’exclamât-elle, pardi que je bouge je veux pas mourir moi, je te rappelle que ta des jambes en mousse !! puis je te connais non plus depuis longtemps alors bon, j’ai encore un instinct de survie. Finalement, sans encombre on a fini la boucle. On débrief ensemble dans une forme de sérénité déconcertante, pas un mot plus haut que l’autre, précis. Quelques regards qui en dise long, je savais que ça marcherai, dans ma tête c’était clair.

La grande gueule que j’avais entendu n’est qu’au final une personne qui à besoin de bouger, de s’exprimer et de se faire entendre car tout le monde la prend pour une folle. Et oui…handicapé non seulement tu as ton handicap à gérer mais le regards et les méchancetés ou mesquineries des autres (qui par ailleurs ne sont jamais venu du monde side-cariste qui ont toujours été bienveillant à notre égard sur ce rallye!). Je peux vous dire que moi c’est avec fierté que je suis là, avec elle. Non c’est pas de la pitié, pas de pitié pour les gens, c’est de l’admiration, un exemple pour moi mais pour ma compagne aussi.

Rien n’est impossible quand on choisit de faire quelque chose. Oui l’équipe qu’elle a montée est totalement barré aussi mais remplit d’humanité, de sincérité et surtout de bienveillance envers chacun d’entre nous. Quand je pense que j’ai juste envoyé une forme de candidature sans aucun espoir d’être pris…qu’elle chance que j’ai ! On est pas inséparable mais on a besoin de se savoir pas loin, Séverine bois de l’eau, reste pas au soleil tu pénalises ton corps, prend du temps
pour récupérer, va pisser (oui, on se dit tout ou pas !!:D), Séverine, on fait la boucle est au retour on se fait un cote-rôti ! Je peux vous dire qu’elle est motivée la paupiette quand tu dis ce mot magique.

La nuit se passe sans encombre, je l’encourage, elle s’excuse pour tout, « pardon j’ai pris le trou désolé, pardon j’ai pris large, pardon j’ai… » bon elle va se taire, roule, les trous il y en a partout, tu as pris large je m’en fou on a de la place, puis pour info tu as encore 2m de mon côté donc si ça t’ennuie pas de revenir à droite déjà ça serait bien ! Rah je te jure les femmes… jamais contente de ce qu’elle fond. On est la pour faire un rallye, pas pour faire des photos alors roule. Ah je peux vous dire que dans le casque elle est pas commode la paupiette, l’intercom par moment tu as envie de l’éteindre…c’est pénible de l’entendre rigoler à chaque fois que je chante une connerie, cette bonne humeur débordante est d’un ennui c’est fatiguant !!

Samedi : Dourdou le jour

La samedi fût dans la même ambiance, écourté avec une spéciale de Mouret bien mieux que la nuit, propre, j’étais fier d’elle, elle a reprit confiance et visiblement elle me fait confiance aussi, on y arrive et c’est trop bon.

Alors bon… on a préféré faire une pause dans une clairière de fruitier, c’est un choix j’aurai préféré un champs de blé ou de maïs mais je n’avais pas le guidon, comme quoi les hommes faut se laisser séduire par les idées des femmes par moment.

Note Nova Moto : sortie de route impressionnante, une chute de 8 m en contrebas. Geoffroy est indemne et Séverine, fraîchement rapatriée de Rodez, vient de subir une double opération des épaules le 26/7 à Marseille. Tout message de sympathie est le bienvenu 😉 !

Ce qu’il faut retenir

Alors ouais j’ai réalisé un rêve, mais j’ai rencontré une personne extraordinaire, souriante, humaine, complètement déjanté et j’aurai plein de compliments encore mais je sais pas comment les placer.
Une sœur ? Une mère !! non certainement pas, elle serait trop envahissante à me chaperonner tout le temps:) Mais il est sur que j’ai rencontrer une personne belle de l’intérieur, tu sais le genre de personne que tu rencontre une fois dans ta vie, celle que tu peux pas oublier ou t’en passer d’ailleurs. Bah oui, on passe encore 3h au téléphone comme deux filles qui se raconte les derniers potins. Mais quel plaisir.
Remonter avec ? Oui je pars quand ? Demain ? La tout de suite ? Sans aucune hésitation ! Je lui mettrais ma vie entre ses mains, parce que l’handicap n’est pas une fatalité, ni même une contrainte, c’est juste une façon de vivre différente et une force que peu de personne peuvent comprendre. Ou à le vivre, ou a l’accompagner comme moi au quotidien et je souhaite à tout le monde d’avoir un jour ma chance de partager un moment de vie aussi exceptionnel que ce que j’ai pu avoir. Je me sens
chanceux et privilégié. Alors ma paupiette de pilote, je te remercie du plus profond de moi même car même si les kilomètres nous séparent, tu fais partie de moi, non pas comme quelqu’un de la famille, tu représentes notre famille que tu as créé toi, avec toute notre équipe.
Merci et je t’embrasse fort !

Ton singe au cul rouge.


Voilà un épisode de cette belle histoire sur 3 roues que ce premier engagement en championnat pour Séverine, comme pour Geoffroy, une démarche très courageuse. La motivation et l’enthousiasme sont intacts. Evidemment, il faut reprendre du poil de la bête et laisser le corps récupérer.

Le mental fort laisse présager sans aucun doute la suite, et Nova Moto en restera volontiers le témoin !

Textes : un grand merci à Geoffroy pour le témoignage très personnel (accord de publication texte brut), et Isabelle Maillet

Photos / vidéo : Isabelle Maillet

Comments are closed.

Les Nova Tweets

Twitter outputted an error:
Bad Authentication data..